MISE EN SCÈNE.
L'auteur des cinématiques d'introductions des deux volets de Splinter Cell sur Playstation 2 n'est pas un inconnu. Il s'agit en effet du réalisateur de l'excellent Nid de Guêpes, Florent-Emilio Siri ! Un cinéaste passionné ayant parfaitement saisi les relations de plus en plus étroites entre cinéma et jeu vidéo !
Comment avez-vous appréhendé le fait de passer de la réalisation d'un long métrage à celle d'une séquence de jeu vidéo ?
Florent-Emilio Siri : A vrai dire, je ne me suis pas attaché au fait que ça soit un jeu vidéo. J'ai davantage essayé de raconter une histoire qui donne envie au joueur. J'ai travaillé ça comme un film qui débuterait par une belle séquence d'action et qui, dans un second temps, présenterait les persos, pour entrer enfin dans le vif du sujet. Ce qui m'intéressait, c'était d'amener ce côté cinématographique : en étant un joueur moi-même, et en connaissant aussi la 3D, puisque dans mes longs métrages j'ai utilisé également cette technique.
Le montage des cinématiques d'introduction de Splinter Cell 1 et 2 apparaît très travaillé ...
F.-E.S : Ma grande passion, c'est le découpage. Dans un film, c'est raconter une histoire par les axes de caméra, et le montage. Devoir se montrer encore plus précis que dans un film - puisque dans un long métage, on fait des rushes, c'est-à-dire de la matière utilisable jusqu'à plus soif - s'avérait très excitant. En résumé, créer un plan de 2, 12 secondes en animation doit effectivement durer 2, 12 secondes et pas plus ... et c'est déjà un sacré boulot !
Avant la réalisation concrète des cinématiques, quels étaient vos objectifs sur le papier ?
F.-E.S : Je me suis surtout centré sur le personnage de Sam Fisher. J'ai tenté de le présenter, avant même qu'on entre dans le jeu, et surtout de l'humaniser un maximum, notamment grâce à l'histoire avec sa fille dans Splinter Cell 1. Il fallait également montrer ses capacités, son environnement basé sur la lumière, et le fait qu'il puisse se cacher dans l'ombre. Sam est quelqu'un de courageux, par exemple, il est capable de descendre à 100 mètres sous l'eau pour aller voir des requins blancs ! Mais il est également très sensible. Je pense que le joueur, part inconsciemment avec ce background et cela l'implique davantage dans le jeu.
Comment avez-vous travaillé matériellement avec les développeurs, chargés de concevoir visuellement les cinématiques d'introduction de Splinter Cell 1 et 2 ?
F.-E.S : Je leur ai donné toutes les focales de caméra sur chaque plan - car j'ai l'habitude des focales en cinéma - et leurs logiciels ont tout calculé en 3D d'après les données. C'est comme si je tournais les scènes vraiment pour le cinéma. Ainsi, je leur ai même transmis les hauteurs de caméra, les axes ou encore les directions de lumière.
Parlez-nous de la bande-son. Elle a également son importance !
F.-E.S : En effet, j'ai voulu faire un gros travail sur le son. Ici, on a utilisé - et je pense que ça ne s'est jamais faitdans un jeu vidéo - un vrai bruiteur de cinéma. On a reproduit les pas, les présences, les textures des vêtements (pour le son quand le personnage se déplace), sans oublier les chaussures, choisies pour accentuer un peu plus le réalisme. J'ai fait enregistrer également toutes les respirations des "acteurs" des séquences d'introduction. Enfin, il était très important aussi de ramener l'univers sonore d'un orchestre symphonique dans un film d'action et, en même temps, cela permet de donner des "couleurs" à des persos ou des sentiments.
FILMO EXPRESS
Florent-Emilio Siri a commencé son travail de cinéaste en réalisant plusieurs clips vidéo, notamment pour les groupes "I Am", "Pow Wow" ou "Alliance Ethnik". Après le documentaire "Mort Lente" en 1992, dont le tournage se déroule en Lorraine, il choisit de revenir dans sa région natale six ans plus tard pour y filmer son premier long métrage "Une minute de silence", une histoire d'amitié entre un mineur polonais (Benoît Magimel) et son collègue italien (Bruno Putzulu). En 2002, il retrouve Benoît Magimel pour sa seconde oeuvre "Nid de Guêpes". Puis, deux ans plus tard, il réalise les cinématiques d'introduction des jeux Splinter Cell. Cette année 2004 le voit s'exiler quelques mois aux USA, afin de mettre en scène son nouveau film "Hostage".
INFLUENCES CINÉ
Les jeux Splinter Cell tirent leur influence non seulement de la réalité politique et militaire mais aussi du cinéma. Ainsi, dans les séquences cinématiques d'introduction des jeux, on pense tour à tour au "Grand Bleu" (Sam plonge en apnée très profondément), à "Predator" (le cigare mâchonné par le vilain au début de Splinter Cell 2 évoquant le Major Dutch, alias Schwarzenegger) ou encore aux "Rois du désert" (Fisher ressemble furieusement à Clooney). Quant à l'aventure en tant que telle, c'est un mélange, entres autres, des films de James Bond (pour les gadgets, l'infiltration et le permis de tuer) et des thrillers high-tech "Les Experts" et "Mission Impossible (pour le côté hacker et pénétration dans un lieu hyper gardé), le tout pourvu d'une once de Vandamme avec son grand écart suspendu en l'air entre deux murs.